Texte et traductions
Le président et le dragon...
Les hommes d’État sont souvent jugés aussi sur le sérieux avec lequel ils abordent les choses peu sérieuses. Et, à cet égard, nous avons inscrit deux bons points au crédit de Giscard.
Vous auriez dû écouter, comme l’auteur de ces lignes, le porte-parole du palais de l’Élysée annoncer dans un communiqué officiel que, lors de la traditionnelle fête annuelle donnée par le président en l’honneur des enfants de France, le président Giscard et le dragon Elliott (héros du dernier film de Walt Disney) apparaîtraient côte à côte. Le porte-parole a lu le second nom sur son texte au prix d’un léger effort, mais avec tout le sérieux voulu, comme s’il s’agissait au moins du roi d’Arabie saoudite.
Le plus drôle, c’est qu’ils ont bel et bien fini par apparaître côte à côte, Giscard et le dragon, pour la joie des petits comme des grands.
Alors, les comptes rendus officiels n’en ont pas soufflé mot. Mais nous, comme nous l’avons dit, nous avons inscrit deux points à Giscard dans notre carnet. Il en aura encore besoin un jour. Et quelqu’un qui se produit en compagnie du dragon Elliott ne peut pas être un homme entièrement mauvais.
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Comme à la maison
La « joie du malheur d’autrui » n’est pas une qualité dont on puisse se féliciter. Mais quand on l’éprouve déjà — rien ne l’égale.
Voilà, à peu près, ce que ressent l’Israélien moyen qui entre ces jours-ci dans le grand magasin « Bazar de l’Hôtel de Ville », près de la mairie de Paris. Quelques agents à l’air sévère s’excusent et exigent, ni plus ni moins, qu’on ouvre les sacs et qu’on retire les manteaux pour un contrôle. Comme à la maison. Plusieurs explosions se sont produites récemment dans ce magasin, revendiquées par des organisations diverses et variées (y compris pro- et antijuives) — mais la police pense qu’un fou est à l’œuvre. Quoi qu’il en soit, un petit oiseau captif nous a soufflé que le responsable des nouvelles mesures de sécurité sur place est justement un Israélien.
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« Le sauveteur » : de Tsahal — aux sommets du prêt-à-porter
Le nom de Philippe Bidermann est aujourd’hui un « grand » nom, celui du « roi du prêt-à-porter » en France, dont on mettait encore en doute les chances de réussite il y a quelques années à peine. C’est lui qui fabrique aujourd’hui les costumes pour Pierre Cardin et le conservateur Laurent–Saint Laurent. Cela en plus d’une vaste gamme de vêtements sur le marché américain, sous la marque Hart–Schaffner–Marx. Bidermann s’est vu décerner le nom de « sauveteur » — parce que son « passe-temps » consiste à acheter des usines en difficulté et à les faire fonctionner au sein de son empire. Son chiffre d’affaires approche aujourd’hui le milliard de francs.
À seize ans, comme il ressort de sa biographie, Bidermann est parti en Israël, a servi dans Tsahal et a même été blessé. Israël, dit-il, occupe encore aujourd’hui une place centrale dans sa vie.
Qu’avons-nous oublié ? Ah oui. Bidermann est aussi le frère de Régine, la reine de longue date de la vie nocturne. Et si tout cela ne vous convainc pas qu’il est de bonne famille, nous ne disposons pas, à ce stade, d’autres preuves.
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Trois journées d’étude
La proposition du député Le Mac de rétablir les maisons closes légales en France et de réglementer la prostitution dans la rue continue de faire des vagues dans l’opinion.
Bien entendu, les échos les plus forts se font entendre parmi les intéressées, à savoir les femmes qui exercent le métier. Il faut préciser que les prostituées de France rejettent presque toutes cette idée. La prostitution de rue s’est révélée extrêmement lucrative. Sans même parler de ce que serait Paris sans les citoyennes hautes en couleur de la rue Saint-Denis.
Le point culminant de l’activité professionnelle sur ce sujet a été constitué par trois journées d’étude réunies par les prostituées de France à Orléans. Elles y sont venues de tous les horizons et ont passé trois jours à baiser, comme il sied à un syndicat qui se respecte, autour du problème : fermer ou ne pas fermer. Le congrès, à ce qu’il semble à ce stade, s’est séparé avec le sentiment que tout restait ouvert.
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Un journal de lecteurs
Ce mois-ci est paru à Paris, à cinquante mille exemplaires, le premier numéro de l’hebdomadaire MAINTENANT (« Maintenant »), qui donnera, à mon avis, son expression à une petite révolution dans la presse française.
L’un de ses rédacteurs en vue est Jean Elleinstein — le célèbre « opposant de l’intérieur du communisme ». C’est lui qui vient d’appeler, dans une série d’articles, les dirigeants du parti français à marcher sur Moscou pour y exiger des réponses claires sur le respect des droits de l’homme.
Ce qui distingue le nouveau journal, c’est qu’il sera, au sens propre, un journal appartenant aux lecteurs. La majorité de ses actions (sur un capital initial de deux millions et quart de francs) ont été proposées à la vente au grand public pendant plusieurs mois, et le public les a achetées. Les rédacteurs espèrent ainsi supprimer toute dépendance à l’égard d’un quelconque intérêt économique et, bien entendu — attirer des lecteurs. Au passage, le journal promet d’employer des écrivains connus comme reporters.
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À propos du financement rouge
Et puisqu’il est question d’un parti communiste, il apparaît que leur colère récente et « diplomatique » est gérée entre l’hebdomadaire « L’Express » et l’organe communiste « L’Humanité ».
« L’Express » a publié un extrait d’un livre à paraître prochainement, intitulé « Les secrets de la banque soviétique en France », qui évoque les liens du Parti communiste français et du syndicat qui lui est affilié — la CGT — avec la « Banque de l’Europe du Nord », propriété soviétique.
Une accusation apparemment embarrassante pour le secrétaire Georges Marchais, qui a souvent accusé divers journalistes français d’être financés par le gouvernement. « L’Humanité » soutient, pour sa part, que les relations du parti avec la banque s’inscrivent dans un cadre commercial normal et légal, que ses activités sont bien entendu financées par les cotisations des adhérents, et accuse « L’Express » de mener une campagne délibérée.
L’affaire, peut-on supposer, continuera à suivre son cours — sur le papier, bien entendu.