Texte et traductions
Présentateur : Maintenant, direction Le Caire. Toujours au Caire, notre correspondant Gideon Kouts. Les équipes de presse sont-elles encore sur place ou partent-elles par crainte pour leur sécurité ?
Gideon Kouts : Écoutez, les équipes de presse sont clairement une cible, maintenant, pour les milices du président Moubarak — celles qu’on appelle les partisans de Moubarak, envoyés aujourd’hui dans les rues et qui y terrorisent les gens, comme ils l’ont fait sur la place. Ils se sont rassemblés ici en bas, juste ici sur la corniche du Nil, et ont marché d’ici jusqu’à la place de façon très organisée. J’ai marché avec eux et j’ai pu voir que l’armée, qui se trouvait là d’ordinaire pour contrôler les personnes qui entraient, s’est simplement écartée et les a laissés entrer. Et ce qui m’est arrivé personnellement là-bas est aussi révélateur de la tendance générale. Après les avoir quittés là-bas, je me suis retrouvé de l’autre côté des — des occupants qui étaient là depuis le début, ceux qu’ils voulaient expulser, et j’ai vu le début de cette échauffourée : les personnes attaquées ont essayé de ramasser des pierres, tandis que les milices sortaient des matraques. Je voulais me rendre à un endroit précis, et une femme hystérique s’est alors mise à crier : « C’est un étranger, c’est un journaliste. » Ils se sont immédiatement jetés sur moi. J’ai reçu des coups de tous côtés. J’ai essayé de ne pas les laisser me faire tomber par terre, parce que j’avais vu ce qui était arrivé à ceux qu’ils avaient fait tomber et qui avaient reçu de lourdes pierres sur la tête. Ceux qui m’ont en fait sauvé et m’ont évacué étaient deux membres de mouvements d’opposition. Au début, ils ont essayé de m’emmener au poste de l’armée, mais le commandant du poste a refusé d’intervenir. Il a refusé d’intervenir ; il avait simplement reçu l’ordre de ne pas bouger — au contraire, il m’a chassé de là avec colère. L’armée avait apparemment reçu l’ordre de laisser les milices — ou peut-être pas les milices, ces volontaires — agir ainsi. Ensuite, j’ai réussi à m’en sortir. Il s’est aussi passé ceci : toute la place était encerclée de tous côtés par des partisans du président Moubarak. C’était une opération organisée. Ils sont arrivés en voiture, ils sont arrivés à moto et, à un moment donné, ils ont même fait irruption sur la place d’une manière tout à fait irréelle, à dos de chameaux et de chevaux. Ce soir, donc, alors qu’ils en repartent presque victorieux, les combats s’y poursuivent. Les personnes attaquées, ou les occupants qui étaient là depuis le début — ceux qui veulent, dans les prochains jours, essayer malgré tout de convaincre le président Moubarak de partir — tentent encore de se défendre avec des cocktails Molotov. On peut dire qu’aujourd’hui, le président Moubarak célèbre une sorte de triste victoire. Ses milices rôdent dans les rues. J’ai eu du mal à rejoindre même le studio ici. La peur règne dans les rues du Caire. Est-ce de cette façon qu’il veut rester pendant les mois qui lui restent ? Voilà, voilà la question. L’un des partisans de Moubarak m’a dit : « Nous sommes la majorité silencieuse. Pourquoi ne le laisse-t-on pas transférer le pouvoir comme il se doit ? » Eh bien, cette majorité n’a pas été si silencieuse aujourd’hui, et ça...
Présentateur : Vous dites que c’était organisé, que les autorités ont organisé ces gens, mais d’ici, du moins, il semble que leur colère soit authentique, que ces gens se battent vraiment pour Moubarak.
Gideon Kouts : Écoutez, certains de ceux à qui j’ai parlé se battent effectivement pour Moubarak pour des raisons politiques et idéologiques, par amour de la patrie. D’autres se battent parce qu’on les a payés. Je n’ai aucun doute que certains d’entre eux appartenaient peut-être à différents services ou, comme on me l’a dit, étaient peut-être des criminels qui avaient été libérés, et ainsi de suite. Ceux qui m’ont attaqué n’étaient pas vraiment des gens aux intentions pures ; on leur avait dit d’attaquer les étrangers, et c’est ce qu’ils ont fait. L’armée ne m’a pas aidé parce qu’on lui avait dit de ne pas aider les étrangers. Le but ici est simplement de faire dégénérer la situation et d’exprimer la colère de l’Égypte contre l’ingérence étrangère dans ses affaires, comme nous l’avons entendu dans le discours du président Moubarak hier. Il l’a mentionné lui aussi : « Nous réglerons les choses nous-mêmes. »
Présentateur : Oui.
Gideon Kouts : Dans l’isolement, c’est-à-dire sans les médias non plus.
Présentateur : Gideon Kouts au Caire. On peut le dire en toute sincérité : prends soin de toi.