Texte et traductions
Le président et le dragon...
Les hommes d’État sont souvent jugés aussi sur le sérieux avec lequel ils traitent les affaires peu sérieuses. Et sur ce point, nous avons accordé deux bons points à Giscard.
Vous auriez dû écouter, comme l’auteur de ces lignes, le porte-parole du palais de l’Élysée annoncer, dans un communiqué officiel, qu’à la traditionnelle fête annuelle organisée par le président pour les enfants de France, le président Giscard et le dragon Elliott (héros du dernier film de Walt Disney) apparaîtraient côte à côte. Le porte-parole a lu le second nom sur son texte avec un léger effort, mais avec le plus grand sérieux, comme s’il s’agissait, au bas mot, du roi d’Arabie saoudite.
Le plus drôle, c’est qu’ils sont effectivement apparus, en fin de compte, côte à côte. Giscard et le dragon, pour le bonheur des petits comme des grands.
Alors, les comptes rendus officiels n’en ont pas dit un mot. Mais nous, comme nous l’avons dit, avons inscrit deux points au crédit de Giscard dans notre carnet. Il en aura encore besoin un jour. Et quelqu’un qui se montre en compagnie du dragon Elliott ne peut pas être tout à fait mauvais.
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Comme à la maison
Se réjouir du malheur d’autrui n’est pas un trait dont on puisse se féliciter. Mais quand ce sentiment est déjà là — rien ne l’égale.
C’est à peu près ce que ressent l’Israélien moyen qui entre ces jours-ci dans le grand magasin « Bazar de l’Hôtel de Ville », à côté de la mairie de Paris. Quelques agents au visage sévère s’excusent et exigent, ni plus ni moins, que l’on ouvre les sacs et que l’on retire les manteaux pour un contrôle. Comme à la maison. Plusieurs explosions ont récemment eu lieu dans ce magasin ; des organisations diverses et variées (y compris pro- et antijuives) en ont revendiqué la responsabilité — mais la police pense qu’un fou est à l’origine de l’affaire.
Quoi qu’il en soit, un petit oiseau captif nous a soufflé que le responsable des nouvelles mesures de sécurité sur place est justement un Israélien.
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« Le sauveur » : de Tsahal — au sommet de la confection
Le nom de Maurice Bidermann est aujourd’hui un « grand » nom. Le « roi de la confection » en France, dont on mettait encore en doute les chances de réussite il y a quelques années, est celui qui fabrique aujourd’hui les costumes pour Pierre Cardin et les chemises pour Valentino et Ungaro. Cela s’ajoute à son implantation sur le marché américain, et plus encore : sud-américain. Bidermann s’est vu décerner le nom de « sauveur » — parce que « le passe-temps » consiste à acheter des usines en difficulté et à les faire fonctionner dans [illegible] son empire. Son chiffre d’affaires approche aujourd’hui le milliard de francs.
À l’âge de seize ans, apprend-on dans la biographie de Bidermann, il est parti en Israël, a servi dans Tsahal et a même été blessé. Israël occupe, dit-il, une place centrale dans sa vie aujourd’hui encore.
Qu’avons-nous oublié ? Ah oui. Bidermann est aussi le frère de Régine, la reine de longue date de la vie nocturne. Et si tout cela ne vous convainc pas qu’il est de bonne famille, nous n’avons pas d’autres preuves à fournir à ce stade.
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Trois journées d’étude
La proposition du député Le Mac de rétablir les maisons closes nationales en France et d’interdire la prostitution dans les rues continue de faire des vagues dans l’opinion.
Bien entendu, les échos les plus forts se font entendre parmi les intéressées, à savoir les femmes qui exercent la profession. Il convient de noter que les prostituées de France, dans leur quasi-totalité, rejettent l’idée proposée. La prostitution de rue s’est révélée des plus lucratives. Sans même parler de ce que serait Paris sans ses citoyennes hautes en couleur de la rue Saint-Denis.
Le point culminant de l’activité professionnelle sur ce sujet a été constitué par trois journées d’étude organisées par les prostituées de France à Orléans. Elles y sont venues de tous les horizons et y ont débattu pendant trois jours, comme il sied à un syndicat qui se respecte, de la question : fermer ou ne pas fermer. Le congrès, semble-t-il à ce stade, s’est séparé avec le sentiment que tout restait ouvert.
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Un journal de lecteurs
Ce mois-ci est riche en événements ; un jour survient, chez votre collègue, un numéro du « quotidien du maintenant » — MAINTENANT (« Maintenant »), qui a obtenu, à mon avis, le plus [illegible] des noms de journaux en France.
L’un de ses rédacteurs les plus en vue est Jean Elleinstein — le célèbre « opposant interne au communisme ». C’est lui qui a appelé ces jours-ci, dans une série d’articles du « Monde », [illegible] Français à marcher sur Moscou pour y exiger des réponses claires sur le respect des droits de l’homme.
Ce qui distingue le nouveau journal, c’est qu’il sera, au sens littéral, un journal appartenant à ses lecteurs. La majorité des actions du journal (sur un capital initial de deux millions et quart de francs) ont été proposées à la vente au grand public pendant plusieurs mois, et le public les a achetées. Les rédacteurs espèrent ainsi supprimer toute dépendance à l’égard d’un quelconque intérêt économique, et bien sûr — attirer des lecteurs. Au passage, le journal promet d’employer des écrivains connus comme reporters.
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Sur le financement rouge
Et puisque nous parlons du Parti communiste, il apparaît que cela fonctionne dans les deux sens : entre l’hebdomadaire « L’Express » et l’organe communiste « L’Humanité ».
« L’Express » a publié un extrait d’un livre à paraître prochainement, intitulé « Les secrets de la banque soviétique en France », qui relate les liens du Parti communiste français et du syndicat qui lui est affilié — la CGT — avec la « Banque nord-européenne », propriété soviétique.
Une accusation embarrassante, à première vue, pour le secrétaire Georges Marchais, qui a souvent accusé divers journalistes français d’être financés par le gouvernement. « L’Humanité » soutient, pour sa part, que les relations du parti avec la banque s’inscrivent dans un cadre commercial courant et légal, que quatre-vingts pour cent de ses activités sont financées par les cotisations des adhérents, et accuse « L’Express » de mener une campagne délibérée. L’affaire, peut-on supposer, continuera à suivre son cours — sur le papier, bien entendu.