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Presse écrite · 1980

À Paris, on chuchote : Giscard d’Estaing lorgne le prix Nobel

Quatre chroniques parisiennes : les ambitions du président français pour le prix Nobel ; le combat de Mary Capella après le meurtre de son compagnon lors de la prise de l’ambassade d’Irak ; l’élection d’une femme à l’Académie française et une critique de sa composition ; et le litige fiscal autour de Christina Onassis. Un article distinct dans la rubrique porte sur la nomination de Daniel Cohn-Bendit à un poste dans une maison d’édition.

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Texte et traductions

À Paris, on chuchote :

Giscard d’Estaing lorgne le prix Nobel

La déclaration du président Giscard d’Estaing en faveur du droit des Palestiniens à l’autodétermination, suivie d’une attaque cinglante et inhabituelle à l’occasion du 17e anniversaire de son « ami » Yasser Arafat, a suscité des remous en Israël. À Paris, on chuchote que cela ne concerne pas seulement les membres de l’opposition gaulliste et les Juifs de France. Giscard — ainsi chuchotent les mauvaises langues, assurément irresponsables — rêve du prix comme d’une « étape supplémentaire » dans le processus pour lequel Begin et Sadate ont reçu leur prix. Mais, selon les mêmes informations, la candidature de Giscard se heurte à l’opposition absolue des juges du prix à Oslo. Un journal norvégien a exprimé leur opinion en accusant le président français de mener une « politique de spectacle ». Certains suggèrent donc au président déçu de tenter sa chance aux Oscars...

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Les noces sanglantes de Mary Capella

Ces jours-ci, le 31 juillet 1978, jour de l’attaque contre l’ambassade d’Irak à Paris, a été examiné devant le tribunal international de La Haye.

L’affaire s’est terminée, on s’en souvient, par un drame inattendu, lorsque des agents de sécurité irakiens ont ouvert le feu sur le terroriste, qui s’était rendu aux policiers français, et ont tué son escorte, le jeune inspecteur français Jacques Capella. Les tireurs ont été libérés et transportés par avion à Bagdad. Il y a eu quelques manifestations de policiers, puis l’affaire s’est calmée. Le côté oublié de l’affaire concerne Mary Capella, veuve du policier tué et mère de son jeune fils. Mary était la « compagne » de Jacques Capella lorsqu’il a été tué. Ce n’est que près d’un an après sa mort, en mai 1979, qu’elle l’a « épousé », à la suite de l’intervention personnelle du président de la République, afin d’assurer l’avenir de leur fils.

Cet avenir ne semble pas particulièrement assuré. Les Irakiens ont promis de juger en Irak les meurtriers de son mari, mais il est clair que les deux expulsés ne seront jamais jugés et que Mary n’obtiendra aucune indemnité. L’ambassade d’Irak a tenté de « régler » l’affaire en versant à la veuve une somme forfaitaire de 300 000 francs. Mais elle réclame justice. Elle éprouve, dit-elle, de la haine envers les meurtriers de son mari, mais aussi envers ceux qui les ont laissés échapper à leur peine « pour des raisons diplomatiques ».

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Après 343 ans : une femme à l’Académie

La célèbre Académie française, fondée en 1637, a franchi une étape historique en élisant dans ses rangs [illegible] une femme. Il s’agit de Marguerite Yourcenar, 77 ans, née en Belgique, vivant aux États-Unis et connue pour ses livres [illegible].

Le sexe est nouveau, mais l’âge convient parfaitement. Un rapide coup d’œil à la liste des membres de l’Académie française, à l’occasion qui se présente à ceux qui ont depuis longtemps oublié son existence, montre qu’elle n’est en aucun cas « l’expression suprême » de la pensée et de la littérature françaises d’aujourd’hui. La plupart de ses membres sont âgés, et l’écrasante majorité sont des politiciens retraités des partis au pouvoir, ainsi que des écrivains de deuxième et de troisième ordre, dont l’appartenance à l’Académie a peut-être un peu accéléré la vente des livres. En tout cas, ce n’est pas le salaire qui les attire. 1 200 francs par mois, ce n’est vraiment pas beaucoup.

Les grands ne sollicitent pas l’Académie et celle-ci ne s’intéresse pas particulièrement à eux non plus. Jean-Paul Sartre n’a jamais demandé à entrer sous « la coupole ». Louis Aragon, le plus grand poète vivant de France aujourd’hui, n’en est pas membre. Il est communiste, et c’est son malheur. L’écrivain défunt André Malraux n’a même jamais été candidat. Mais on peut remonter plus loin dans le passé. Émile Zola a été rejeté à maintes reprises par l’Académie, qui qualifiait ses livres de « déchets ». Victor Hugo n’a été admis qu’à sa troisième candidature. Un regard sur ceux qui siègent aujourd’hui nous révèle l’homme qui est entré en même temps que Yourcenar. Michel Droit est un journaliste chevronné, qui a écrit quelques textes sur le général de Gaulle ; son œuvre littéraire la plus connue est une lettre de caractère antisémite contre le chanteur Serge Gainsbourg, dans laquelle il suggérait aux Juifs comme lui de « rester tranquilles ». Parmi les membres éminents de l’Académie figure l’ancien ministre des Affaires étrangères Maurice Schumann, mais, allez savoir pourquoi, personne ne se souvient du titre d’un livre de sa plume. Edgar Faure, qui fut président de l’Assemblée nationale, a, lui, « préparé » son entrée à l’Académie à l’aide de plusieurs livres qui ont certes été imprimés, mais presque pas lus. De mauvaises langues accusent M. Alain Peyrefitte, ministre de la Justice et membre de l’Académie, d’avoir fait écrire son unique livre sur la Chine par toute une équipe d’experts...

Voilà, à peu près, le tableau ; la conclusion l’emporte sur l’introduction, mais les honneurs sont importants, tout comme le snobisme. L’Académie française affirme de plus en plus son statut de sorte de Chambre des lords française supplémentaire. À mi-chemin entre le Sénat et la maison de retraite.

« Dany le Rouge » vend des livres

Vous vous souvenez de Daniel Cohn-Bendit, « Dany le Rouge », le meneur des événements de mai 1968 en France ? Il a longtemps lutté pour obtenir le droit de revenir en France après son exil en Allemagne. Et ces jours-ci, il a été nommé directeur du service des ventes de la célèbre maison d’édition parisienne Stock.

« Dany le Rouge » est donc passé des barricades (on le voit au centre de la photographie, prise à l’époque des manifestations tumultueuses) au papier et à l’imprimerie. Mais la route était, en réalité, à double sens depuis toujours.

L’erreur de Christina Onassis

Christina Onassis a commis une erreur, semble-t-il, en décidant de faire juger son divorce d’avec son mari soviétique, Sergei Kauzov, par le tribunal de Saint-Moritz, en Suisse.

Les autorités se sont soudain rappelé que la riche héritière était en fait résidente permanente sur place et ont saisi l’occasion pour lui réclamer deux milliards de francs suisses d’impôt sur le revenu. De l’avis général, c’est un prix bien trop élevé pour un divorce au grand air des montagnes suisses.

La promesse des autorités locales de consacrer une partie importante de cette somme au développement des services offerts aux habitués du centre de sports d’hiver ne console pas davantage Christina.

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