Texte et traductions
Une rencontre dangereuse en prison
Dominique Lapierre, l’un des coauteurs du roman politique de fiction « Le Cinquième Cavalier », dans lequel le colonel Kadhafi exerce un chantage atomique sur le président des États-Unis au sujet d’Israël, a rencontré, entre autres, le terroriste japonais Kōzō Okamoto à la prison de Ramla, alors qu’il rassemblait des éléments pour son livre.
« Le gardien m’a fait entrer dans sa cellule, raconte-t-il, et m’a dit : Regardez, cet homme est très dangereux. Il a une telle force dans les mains qu’en deux mouvements de karaté, il peut achever n’importe qui en quelques secondes... Puis il m’a laissé seul avec le prisonnier et est parti déjeuner... »
Alors, si vous tombez sur quelques lignes qui semblent manifestement avoir été écrites d’une main tremblante, vous comprendrez sûrement pourquoi.
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La fortune des personnalités publiques
La fortune des personnalités publiques est une affaire très confidentielle dans la France qui aime préserver la vie privée. À la suite de l’affaire de la publication, par l’hebdomadaire satirique « Le Canard enchaîné », de photographies des déclarations de revenus du président Giscard d’Estaing et de l’industriel Marcel Dassault — lesquelles révélaient notamment que le président avait des intérêts dans une société de valeurs mobilières —, l’hebdomadaire « Le Point » s’est adressé à quatre-vingt-dix personnalités et leur a demandé de détailler publiquement les sources de leurs revenus.
Quatorze seulement ont répondu, parmi lesquels les dirigeants des partis socialiste et communiste. Le Premier ministre Raymond Barre, après consultation du président, a interdit à ses ministres de répondre au questionnaire. Des personnalités telles que le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas, et le maire de Paris, Jacques Chirac, ont répondu qu’elles soutiendraient une loi obligeant les personnalités publiques à détailler leurs revenus, mais qu’elles ne pensaient pas qu’un journal soit le lieu approprié pour cela. Une pierre de plus à l’édifice du pouvoir et du statut du septième pouvoir dans la Cinquième République...
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Un milliardaire sans montre en or
Celui qui n’a aucun mal à évaluer sa fortune est le milliardaire et doyen des membres de l’Assemblée nationale, Marcel Dassault, âgé de 88 ans. Ce n’est pas qu’il ne veuille pas détailler les sources de ses revenus devant le public ; il dit simplement ne pas les connaître toutes. Et pourtant : « Je n’ai aucune fortune personnelle, dit Dassault, vous ne verrez même pas une montre en or à mon poignet... »
Sans montre en or, il dirige son vaste empire depuis un palais de l’avenue des Champs-Élysées, où se trouve aussi la rédaction de son journal, « Jour de France ». Et il a des projets pour au moins quatre-vingt-dix ans encore. Après les avions, les journaux et les partis politiques, Dassault s’est récemment lancé dans le cinéma et a déjà produit deux ou trois films qui n’ont pas trop mal marché. Il est prêt à voir n’importe quel scénario — à condition que personne ne s’y déshabille, qu’il n’y ait pas de gros mots et qu’il y ait un « happy end ». Mais son rôle principal, dit-il, est d’aider les gens. « J’ai aidé le Vietnam, dit le constructeur des Mirage, et je continue ailleurs. » C’est peut-être dans cet esprit qu’il a fait sa célèbre proposition électorale : une maison à la campagne pour chaque Français. Comme quoi, tout le monde peut être Dassault. Il suffit de faire le bon rêve...
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Michèle Morgan a quinze ans
« Michèle Morgan a quinze ans et possède toujours les plus beaux yeux du monde », ont proclamé les journaux parisiens. La seconde partie ne fait effectivement aucun doute. Mais, avec toute la bonne volonté du monde, il est difficile d’accorder à une actrice, pour bien des détails de sa jeunesse, un âge impossible comme quinze ans...
Eh bien, il n’y a là aucun bluff. Michèle est tout simplement née un 29 février. Une date qui a la drôle de particularité de ne se présenter qu’une fois tous les quatre ans, comme la Knesset. Cette date fait l’objet d’un véritable culte en France, et il y a même ici un journal qui paraît régulièrement, mais uniquement le 29 février.
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Strip-tease dans un aquarium
Cela devait être le clou du siècle au « Moulin Rouge » : deux nobles dauphins divertissant une vraie beauté, rien de moins, une véritable bombe sous vos yeux, dans un aquarium gigantesque.
Mais pour l’instant, l’affaire est retardée. Les deux dauphins-artistes sont bien arrivés sur les côtes françaises, impatients de faire connaissance avec leur partenaire de spectacle, mais les autorités douanières du port du Havre refusent de les libérer, invoquant la législation sur l’importation et la protection des animaux. La protection des animaux : on a l’impression que personne n’a demandé aux dauphins si le numéro prévu leur causerait vraiment tant de peine. Et puis, quelqu’un a-t-il seulement pensé à la pauvre strip-teaseuse qui grelottera dans l’eau de l’aquarium ?
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Des vacances pour les émirs
C’est la nouvelle idée du ministre français du Tourisme, Jean-Pierre Soisson. La France propose aux dirigeants des principautés pétrolières du golfe Persique de construire chez eux une série de villages de vacances exclusivement destinés aux dirigeants locaux et à leurs invités. Les dirigeants français espèrent naturellement qu’en plus du droit de les exploiter, ils pourront aussi, de temps à autre, séjourner dans ces villages construits dans le désert.
Et puisque nous parlons de Français, de villages et d’Arabes, Alexandre de Marenches, chef des services secrets français, le SDECE, est sur le point de vendre son domaine à la campagne, qui comprend aussi une jolie piscine, à un millionnaire irakien. Désormais, il se contentera du siège des services à Paris, surnommé par le public « la piscine », parce qu’il est voisin d’une piscine municipale.
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« Emmanuelle » à la yougoslave
Le réalisateur Just Jaeckin est revenu complètement bouleversé du dernier Festival du film de Belgrade. Après sept années d’interdiction, son célèbre film érotique « Emmanuelle » y a été projeté. Il s’est toutefois avéré que le film n’avait pas été sous-titré. Les organisateurs ingénieux ont trouvé une solution. Ils ont installé une présentatrice yougoslave, qui a murmuré d’une voix très érotique tous les dialogues et les sons très particuliers dont ce film, comme chacun sait, est abondamment pourvu...
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Une fête pour les églises
Les jours où la danseuse chevronnée Ginger Rogers se produit à Paris sont une fête, pas seulement pour les amateurs de danse qui viennent la voir à l’« Olympia ».
La véritable fête appartient aux églises de Paris. Ginger leur rend visite deux fois par jour et, ce faisant, verse la moitié de ses revenus dans les troncs des œuvres de charité. Bientôt, je pense, nous entendrons les cloches de « Notre-Dame » sonner « Invitation à la danse »...
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Les maisons du maréchal Pétain
Trente-cinq ans après la Libération, l’ombre du maréchal Pétain, chef du régime de Vichy tristement célèbre, pèse encore sur les Français. La plupart préfèrent voir en lui un héros national qui aurait perdu la tête dans sa vieillesse, mais ils évitent comme la peste la maison où il est né, près de la Manche.
Depuis dix ans, cette maison est à vendre et aucun acheteur ne s’est présenté. Une vieille femme, parmi les admiratrices du maréchal, vient la nettoyer chaque jour. Une petite plaque commémorative qui indiquait que Pétain y était né a été discrètement retirée pour ne pas nuire à la vente, mais il n’y a toujours pas d’acheteur. La maison reste inoccupée.
Un autre destin a été réservé au château de campagne du maréchal : confisqué après la guerre, il abrite aujourd’hui un établissement pour malades mentaux. Enfin, la prison du maréchal sur l’île d’Yeu, où il est mort à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, sert aujourd’hui de colonie de vacances pour enfants. La France préfère oublier Pétain. Et pourtant, un documentaire comme « La prise du pouvoir par Philippe Pétain », sorti ces jours-ci dans les salles, revient gratter les vieilles blessures d’une époque dont la gloire de l’histoire de France a détourné le regard.
Bahreïn et le sionisme
On ne peut pas dire que la principauté de Bahreïn, dans le golfe Persique, soit incohérente. Il y a peu, les autorités de l’aéroport local ont forcé un groupe de 34 voyageurs français, qui faisaient partie d’un groupe plus important de 300 personnes en escale sur leur chemin vers l’Extrême-Orient, à dormir sur les bancs de l’aérogare, sans avoir le droit de sortir pour manger ou aller aux toilettes. La raison : ces voyageurs avaient été identifiés comme des « sionistes ». La preuve en était les visas figurant dans leurs passeports et attestant qu’ils avaient séjourné autrefois dans le pays.
Alors que le président français Giscard d’Estaing partait en visite dans les États du Golfe, Bahreïn a refusé l’entrée à un autre « sioniste ». Il s’agissait d’Yves Mourousi, le présentateur vedette du journal télévisé de la première chaîne française. Il avait déjà été qualifié de sioniste par une mystérieuse organisation, qui avait déposé une bombe ayant détruit une aile de la maison de Mourousi. Lui-même a échappé de justesse à l’explosion parce qu’il n’était pas chez lui. Giscard est donc parti, et Mourousi est resté. Les Bahreïniens sont des gens de principes. Et les Français ?